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Les Carillons de Narcocistan - Ibrahima Cissé

Roman policier et roman d’un amour impossible

Roman policier et roman d’un amour impossible

Jeune auteur sénégalais, Ibrahima Cissé, nous offre un roman policier de 193 pages, Les Carillons de Narcocistan, publié en 2020 par Libre2Lire (Aragon, France).  Le ton du roman est donné dès le préambule : il s’agira de réflexions politiques, sociétales, religieuses d’un homme nommé Simon qui se demande où va le monde lorsqu’hommes, femmes et enfants sont entraînés dans des trafics d’armes et de drogue, des guerres sans fin :

Tous ces islamistes, ces capitalistes, ces communistes ont lancé une Fatwâ internationale, l’heure de la frayeur et de la brutalité a sonné, tous ceux qui sont différents, tous ceux qui n’ont pas d’attirance pour leur Dieu se transforment désormais en cadavres errants. Les merveilles du monde n’ont pourtant pas disparu, c’est plutôt la virtuose des femmes et des hommes qui fait peine à voir. Ils n’ont plus le temps de sécher les larmes du voisin tant les leurs coulent. (p. 6)

Suit immédiatement après, le prologue signé Ephygénie Agbégniadan Agassa, qui nous informe que son fils Simon est mort, fils qu’elle n’avait pas vu depuis quinze ans. Elle se fait le porte-parole de son fils, un « bon vrai médecin » (p. 9) et tachera de découvrir et rapporter la cause de la mort de son fils dans le but d’enseigner le monde sur ce qui ne fonctionne pas ou mal sur terre.

Le roman est composé de petits chapitres (1 à 4 pages), qui se suivent de façon chronologique avec de temps en temps des flashbacks, des retours en arrière pour expliquer certaines choses, donner certains indices aux lecteurs. Le lecteur voyage de la Suisse au Royaume-Uni, du Pakistan et de l’Afghanistan (le Narcocistan du titre du roman) en Allemagne et en Espagne, de la Côte d’Ivoire et de la République démocratique du Congo au Sénégal et au Chili,

L’auteur nous raconte l’histoire du médecin spécialiste Simon qui est recruté par une ONG belge pour apporter des soins aux enfants de la rue en RDC et y rencontre la jeune journaliste, anarchiste, agnostique, anti-capitaliste, Julieta (prononcé avec la jota espagnole) à Goma, dans le Nord-Kivu, son alter ego, son soul mate, une descendante chilienne qui avait vu le monde dès un très jeune âge (Espagne, Argentine, France). Ils tombent amoureux, se mettent en couple et vont ensuite vivre à la campagne ivoirienne. Mais l’histoire d’amour s’arrête net lorsque l’activisme de Julieta, à l’ « esprit de non alignée vivant dans un monde d’alignés » (p. 63), l’a fait déclarer persona non grata et exilée de la Côte d’Ivoire. Simon reste à Abidjan, mais retrouve Julieta à Dakar après 4 mois et demi. Julieta vient de publier un article dans lequel elle attaque le père de Simon en le décrivant comme machiavélique (et parle de façon indécente de la mort de la mère de son amoureux) et les amants savent que, à cause de cette publication, ils doivent se quitter et suivre leurs propres destins. Leur amitié reste et après la mort de son ami togolais, Franco, à Karachi, Simon va voir Julieta (elle s’est entretemps établie en Espagne) et ensemble ils décident d’essayer de trouver le meurtrier.

Le roman de Cissé a tous les éléments d’un roman policier : il y a meurtre, il y a chasse au meurtrier, il y aussi des commentaires sur l’homme, l’humanité et le monde politique. Et des composantes d’un roman transnational : divers pays, des cultures variées, de voyages intercontinentaux. L’auteur a inclus des thèmes importants tels que le trafic des drogues, la vente d’armes, le blanchiment de l’argent, les effets désastreux sur la jeunesse afghane de la transformation de la pâte brute de l’opium en héroïne, les régimes politiques. Le lecteur en apprend sur la situation des Kurdes en Iran, sur l’échec des programmes humanitaires dans plusieurs régions du monde. Le chapitre dont l’action se situe à Kandahar fait la description du quotidien dans la base de l’ONG où vivent tous les employés (groupe multiculturel) : « malgré [leur] proximité et [leurs] activités similaires, chacun avait sa vision et ses expériences sur les différents sujets [de conversation] abordés » (p. 98). La valeur informative, documentaire de ce roman est à noter. Malheureusement, il manque un peu de suspens, l’histoire est un peu trop prévisible pour que je puisse parler d’un grand roman. Les lecteurs apprécieront néanmoins les références à la musique (Manu Chao), à la littérature, en particulier à la poésie (Gabriela Mistral, par exemples) et les commentaires dont certains nous interpellent et c’est bien : « Oublieraient-ils que dans ce XXIe siècle, le mot intellectuel ne veut plus dire grand-chose ? » (p. 56) ou lorsque Simon dit : « Il est clair, selon moi, que les hommes ont besoin de règles : soit par la loi, soit par la thérapie, soit par l’amour ou alors par la foi » (p. 56). Les germes d’une carrière littéraire à succès ont été semés par ce premier roman policier.

Les Carillons de Narcocistan, Ibrahima Cissé
Editions Libre2lire, 2020

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  1. J’ai acheté ce livre et je l’ai lu. Il nous fait voyager avec des thèmes très variés.
    Je le recommande franchement. Bravo à l’auteur.

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