menu Menu
Le sacrifice d'une cause - Yorou Sonon
La suite de Chrys Amègan
By Chrys Amegan Posted in Autofiction, Bénin, Chrys Amegan on 4 septembre 2026 0 Comments
Previous Black Tea - Abderramane Sissako Next

Cher Gangoueus,

Me revoici donc, fidèle au poste, pour le second mouvement de cette partition qu’est Le sacrifice d’une cause. Mais avant d’en attaquer les mesures vives, rappelons-nous l’adagio douloureux où nous nous étions quittés.

Je t’avais conté l’enfant de Bembéréké dont l’oreille, à onze ans, avait rendu son dernier souffle sous l’étreinte foudroyante d’une méningite. J’avais pour toi fait résonner le monde sonore de son enfance (cri des marchandes, tam-tam du marché, rires de la cour), monde à jamais tu et dont le narrateur, devenu grand sourd au moment d’écrire, est le seul dépositaire mélancolique. Puis j’avais glissé du silence physiologique au silence social : les ricanements, l’ostracisme et ce mot-couteau, Gbankou, qui dans la bouche du quartier assassine deux fois, confondant surdité et débilité comme si l’oreille bouchée emportait aussi avec elle la raison.

Je m’étais surtout attardé sur ces institutions du silence que le livre dénonce moins comme des refuges que comme des presses à étouffer les voix. Puis la triche aux examens, ce sésame honteux auquel Emmanuel opposa un non farouche, quitte à payer de son avenir ; le mensonge érigé en règle et cette fausse accusation à Sè, où un seul SMS griffonné dans l’angoisse fit office de bouée salvatrice.

Et je t’avais laissé, je m’en souviens, sur une promesse que voici tenue, de te parler enfin des clartés de ce parcours, car tout n’y fut pas nuit noire. L’amour, la mobilité et l’agora numérique conquise et érigée en artillerie de survie sont les lumières que je viens aujourd’hui, pour en finir avec cette œuvre, dérouler sous tes yeux.

La lettre à Marlène : poétique de l’énonciation libérée

Cher Gangoueus, 

Au milieu de ce régime généralisé de parole contrainte et confisquée, un épisode singulier fait irruption dans le texte par la grâce d’une rupture formelle remarquable : la lettre de déclaration qu’Emmanuel adresse à Marlène, reproduite in extenso dans le corps du récit. Cet insert épistolaire constitue le seul moment du livre où la voix narrative cède la place à un énonciateur intra-diégétique dont le discours est restitué tel quel, sans médiation, sans résumé, sans mise à distance commentatrice. C’est le seul moment où Yorou Sounon laisse parler un Emmanuel contemporain des événements racontés, plutôt que l’Emmanuel narrateur qui les restitue de loin.

Contrairement aux autres documents (contrats, procès-verbaux, convocations) résumés ou paraphrasés mais jamais cités dans leur intégralité dans le texte, cette lettre a pour l’auteur un statut différent en cela que si elle est reproduite, c’est sans doute parce qu’elle est le seul document où Yorou Sounon parle en son nom propre, librement, sans aucune contrainte institutionnelle pesant sur les autres actes d’écriture du livre.

La lettre mérite une attention soutenue dans la mesure où c’est une pièce de rhétorique d’une cohérence remarquable. Elle s’ouvre sur une justification de sa propre forme (« Tu m’excuseras aussi ma timidité qui m’empêche d’affronter ton regard et te dire en face ce que j’ai dans le cœur ») (p. 71). C’est à la fois un aveu de faiblesse et une revendication de puissance : l’écrit, ici, n’est pas le substitut honteux d’une parole orale défaillante ; il est le mode d’énonciation délibérément choisi par un sujet qui sait que la parole directe, dans l’institution disciplinaire qu’est l’école des sourds de Porto-Novo, serait immédiatement exposée à la sanction. L’écrit permet ce que la voix interdirait ; il crée un espace d’énonciation protégé, différé, maîtrisé.

Mais la lettre va bien au-delà de cette stratégique prudence. Elle revendique une franchise que le discours amoureux conventionnel ne permet généralement pas.

« Je veux ton corps, j’en rêve, et Dieu seul sait à quel point l’idée de te prendre dans mes bras m’obsède. » (p.72).

Cette formulation qui peut dérouter plus d’un lecteur par sa brutalité apparente est en réalité l’expression d’une poétique de l’énonciation directe que Yorou Sounon assume pleinement et théorise même dans les lignes qui suivent. Il écrit, toujours à la page 72 :

« Je n’avais aucune envie de copier les déclarations d’amour universelles »,

affirmant implicitement ainsi que son rapport à l’écriture est un rapport de singularité, de refus des clichés, d’invention personnelle du langage. C’est, transposé dans le registre intime, le même geste que celui qu’il accomplit sur les réseaux sociaux : refuser les formes consacrées du discours, inventer une parole propre, quitte à heurter les conventions.

On notera enfin une précision narrative que l’auteur donne à propos de cette lettre et qui en dit long sur son rapport à l’énonciation écrite : il a délibérément omis d’y apposer sa signature pour se ménager une possibilité de déni en cas de dénonciation aux autorités du centre. Tu vois là que même dans l’acte amoureux le plus sincère, la lettre reste un document, un document dont les effets juridiques doivent être anticipés et maîtrisés. L’énonciation est stratégique jusque dans l’intime. Il n’y a pas dans ce livre d’écriture innocente.

Le procès-verbal comme matrice d’écriture autobiographique

L’une des spécificités formelles les plus caractéristiques du Sacrifice d’une cause est sa qualité documentaire. Yorou Sounon écrit avec des dates précises, des montants chiffrés au franc près, des noms complets donnés à chaque protagoniste. Cette précision n’est pas un trait stylistique relevant d’un goût personnel pour le détail concret ; elle est le symptôme d’une posture énonciative spécifique, forgée au fil d’une longue expérience des institutions et qui donc, mérite d’être nommée.

Cette posture est celle du témoin qui témoigne devant une instance. Non pas devant un lecteur ordinaire, bienveillant et désintéressé, mais devant une juridiction hypothétique où chaque affirmation pourrait être contestée, où l’on peut exiger des preuves, confronter les versions. Yorou Sounon écrit comme quelqu’un qui s’est trop souvent retrouvé dans la position du sujet dont les actes sont falsifiés par d’autres pour accepter la moindre approximation dans la restitution des faits. La précision documentaire est loin d’être un simple style. C’est aussi une armure. Et elle s’explique directement par l’expérience répétée de la falsification institutionnelle. À Porto-Novo, on lui fait signer un procès-verbal de conseil de discipline auquel il n’a pas participé. Il en prend connaissance le soir même et découvre qu’il contient des « engagements qui pratiquement [le] condamnaient à subir toutes les injustices possibles ». Ce moment – lire un document qui porte son nom mais pas sa pensée, découvrir que son identité graphique a été utilisée contre lui – constitue une expérience fondatrice dont les effets se font sentir dans toutes les pages suivantes. Car ce que Yorou Sounon comprend alors, c’est que l’écrit n’est pas neutre, il n’est pas simplement le reflet transparent des faits, il est lui-même un enjeu de pouvoir. Celui qui rédige, celui qui fait signer, celui qui archive, celui-là contrôle la vérité officielle. L’autobiographie est la réponse à cette leçon. Dès lors, l’on comprend pourquoi il a choisi l’autobiographie pour parler de toute cette expérience. Il aurait pu en faire un roman, mais ce serait s’embourber dans la même fange car qui dit roman dit une part de fiction, et la fiction relève du mensonge. L’autobiographie, par contre, est un texte dans lequel, pour lui, pour la première fois, le scripteur et l’énonciateur coïncident pleinement dans lequel Yorou Sounon reprend le contrôle total d’un document qui porte son nom.

Cette dimension est rendue encore plus explicite par la scène de l’inspection du travail. C’est l’un des moments les plus littérairement aboutis du livre. Emmanuel y déroule une argumentation juridique qui établit ses droits : absence de contrat écrit pendant deux ans, modification unilatérale du salaire au cours de l’année scolaire, licenciement sans lettre de démission de sa part. L’inspecteur du travail, au terme de cette démonstration, interrompt Emmanuel pour lui demander s’il est vraiment sourd. La notation que Yorou Sounon fait de cette question est d’une lucidité analytique remarquable :

« Indirectement, il voulait dire qu’un sourd n’était pas capable d’un tel raisonnement. » (p. 122).

En une phrase, l’auteur identifie et nomme le préjugé cognitif qui sous-tend l’étonnement de l’inspecteur ; le préjugé selon lequel la surdité implique l’incapacité à maîtriser le discours institutionnel. C’est précisément ce préjugé que l’ensemble du livre, par sa seule existence, s’emploie à réfuter.

La géographie comme forme de soi

La structuration géographique du livre n’est pas réductible à un principe d’organisation pratique ou à une commodité narrative. Les villes qui donnent leurs titres aux chapitres (Bembéréké, Parakou, Guéré, Porto-Novo, Cotonou, Sè, Natitingou) ne sont pas de simples décors successifs. Ce sont des strates constitutives du sujet autobiographique, des lieux qui ont laissé sur lui des empreintes indélébiles et contradictoires. Une géographie donc qui, examinée avec attention, révèle une conception particulière du devenir-soi radicalement différente de celle que présuppose le roman de formation européen où le sujet se développe par approfondissement progressif d’un noyau intérieur. Il grandit en se rapprochant de lui-même, s’accomplit en réalisant les virtualités enfouies en lui depuis le début. Dans Le sacrifice d’une cause, par contre, le sujet se construit par ce que j’appellerai une accumulation de déracinements, par la traversée successive d’espaces qui lui imposent chacun de nouvelles formes d’adaptation, de résistance, de deuil. 

  • Bembèrèkè est l’enfance sonore et irrécupérable ; 
  • Parakou, la première désillusion institutionnelle ; 
  • Porto-Novo, l’école de la violence et de l’amour entremêlés ; 
  • Cotonou, l’émancipation précaire et la formation militante ; 
  • , l’épreuve absolue, le moment où la parole est la plus radicalement confisquée ; 
  • Natitingou, le lieu de la consolidation vocationnelle où la rencontre avec le père (« Tu es un missionnaire ») donne à l’ensemble de la trajectoire sa signification rétrospective.

Mais ce qui est peut-être le plus significatif dans cette organisation géographique, c’est ce qu’elle révèle sur l’immobilité du système à travers la mobilité du sujet. Les lieux changent certes, les villes se succèdent certes, les interlocuteurs se renouvellent certes, mais se retrouvent à chaque étape les mêmes violences, les mêmes falsifications, les mêmes mécanismes de confiscation de la parole. La tricherie est à Parakou, à Porto-Novo, à Sè, à Natitingou. Les fausses accusations se produisent à Porto-Novo et à Sè. L’écart entre le discours institutionnel sur l’éducation des sourds et la réalité quotidienne de cette éducation est constant, quel que soit le lieu. La géographie multiple du récit permet de voir ce que la narration d’un seul lieu n’aurait pas permis de voir. Non pas des abus locaux, mais un système.

Les réseaux sociaux ou la conquête de l’agora

Cher Gangoueus, 

Sache que quand tu auras peut-être un jour ce livre dans tes mains, tu verras que le chapitre intitulé « Réseaux Sociaux » introduit une rupture de registre qui pourrait, à première lecture, passer pour un défaut de composition. Il rompt avec le registre narratif des chapitres précédents pour nous introduire dans une réflexion méta-discursive sur une pratique. Yorou Sounon n’y raconte plus un lieu vécu, mais commente une stratégie. C’est une transition qui marque l’aboutissement de toute la trajectoire précédente, le moment où le sujet qui a appris dans chaque institution traversée que la parole lui était confisquée découvre enfin un espace dans lequel personne ne peut la lui ôter.

Facebook devient pour lui ce que l’on pourrait appeler une agora numérique ; un espace public de délibération dans lequel les voix peuvent se faire entendre sans l’intermédiaire des institutions qui, jusqu’ici, avaient toujours servi de filtres ou de verrous. Mais l’intérêt particulier de cet espace pour un sourd n’est pas comme pour toi et moi. Pour un sourd, il est d’une autre nature. C’est un espace intégralement scriptural. Tout y passe par l’écrit. La parole orale n’y a aucun avantage sur l’écrit ; l’entendant n’y dispose d’aucun privilège sensoriel sur le sourd. Pour la première fois depuis sa méningite, Yorou Sounon peut enfin évoluer dans un environnement communicationnel où sa condition ne constitue pas un handicap mais une indifférence ; et peut-être même, pour un homme qui a fait de l’écriture sa première langue depuis l’enfance, un avantage discret.

C’est pourquoi il investit cet espace avec une énergie que ses proches trouvent excessive et que ses adversaires trouvent menaçante. Il y publie des dénonciations documentées, y accumule des preuves, y déploie une stratégie argumentative qu’il compare lui-même, avec une franchise désarmante, à « l’art de la guerre ». Langage martial qui martèle que la parole publique sur les réseaux sociaux n’est pas pour lui une activité de loisir ou de sociabilité, mais une activité de continuation, par d’autres moyens, de la même lutte qu’il mène depuis le jour où il a refusé de tricher à Parakou. Une lutte pour le contrôle du récit, pour le droit de nommer les choses par leur vrai nom, pour l’impossibilité d’être réduit au silence par ceux dont les intérêts sont menacés par la vérité.

La réflexion sur les deux réactions possibles face à la dénonciation – « démentir » ou « se mentir » – est, à cet égard, l’un des passages les plus théoriquement denses du livre, quoique formulé dans une langue délibérément accessible. Yorou Sounon y décrit, avec une précision qui témoigne d’une longue expérience du rapport de forces discursif, les stratégies par lesquelles les institutions accusées cherchent à reprendre le contrôle du récit : soit en apportant des preuves contraires, soit en fabriquant des preuves qui prétendent contredire les accusations mais qui, ce faisant, révèlent leur propre mauvaise foi. C’est la pensée d’un homme qui a compris que la vérité n’est pas simplement ce qui s’est passé, mais ce que l’on parvient à faire admettre, et qui a décidé de ne plus laisser cette tâche aux seules institutions qui l’ont toujours lésé.

Limites et zones d’ombre

Cher Gangoueus, 

Je partage en même temps avec toi, avant peut-être que tu ne le découvres toi-même si un jour tu parviens à voir le livre, ce qui résiste dans le texte, ce qui reste en deçà de ses propres ambitions, ce qui constitue, du point de vue de l’analyse littéraire, des occasions manquées.

Le chapitre « Solidaires » me semble marquer un affaiblissement sensible du souffle narratif. On passe du récit à l’inventaire des gratitudes, de la représentation dramatisée des événements à leur énumération reconnaissante. Les figures de Ruth, Franziska, Colince Yann, Narcisse, Tobias, Arthur, qui avaient jusqu’ici une présence narrative réelle, une épaisseur propre, deviennent dans ce chapitre des témoins cités plutôt que des personnages construits, des noms convoqués pour leur valeur symbolique plutôt que pour leur densité dramatique. La transition est compréhensible dans le cadre d’une autobiographie militante qui entend rendre à chacun ce qui lui revient, mais elle n’en constitue pas moins, du point de vue de la cohérence formelle de l’ensemble, une zone de relâchement.

La question du rapport entre langue des signes et langue française constitue, à mon sens, l’occasion manquée la plus significative du livre. Yorou Sounon écrit en français ; une langue qu’il a acquise avant sa surdité, maintenue et approfondie par la pratique exclusive de l’écrit pendant toute sa scolarité. Mais la langue des signes, qu’il a apprise dans les centres pour sourds et qu’il est devenu expert à enseigner, n’apparaît dans le récit que comme instrument fonctionnel de communication avec les élèves et les collègues. Elle n’est jamais interrogée comme langue en soi, comme système sémiotique doté de sa propre syntaxe, de ses propres images, de sa propre façon de découper et de figurer le monde. Or, pour un livre qui travaille précisément la question du rapport entre le sujet et ses langues, entre l’identité et l’énonciation, entre la perte phonique et la conquête graphique, ce silence sur la langue des signes est troublant. Il laisse sans réponse la question de savoir dans quelle langue, au sens plein du terme, Yorou Sounon pense, rêve et souffre. 

Enfin, les chapitres consacrés à l’engagement politique, pour instructifs qu’ils soient sur le plan biographique et militant, restent en deçà de ce que leur matière permettait. La réflexion sur les conditions de la représentation politique des personnes handicapées dans le système partisan béninois contemporain, sur les mécanismes d’inclusion formelle et d’exclusion réelle qui caractérisent l’expérience de Yorou Sounon au sein de MOELE-BENIN, aurait pu donner lieu à un développement d’une portée analytique considérable. Le livre en reste au niveau du témoignage personnel là où une mise en perspective structurelle aurait élargi son horizon.

Conclusion : l’écrit comme voix seconde

Le sacrifice d’une cause n’est pas un grand livre de style. Yorou Sounon n’est pas un prosateur au sens fort du terme. Il ne travaille pas la phrase comme une matière à sculpter comme chez Kalimasi ou chez Montcho, il ne cherche pas dans la forme littéraire un espace d’expérimentation ou de dépassement. Sa langue à lui est directe, fonctionnelle, parfois abrupte dans ses transitions, et l’on serait mal avisé de lire cette sobriété comme une aspiration à l’élégance mal maîtrisée. C’est une posture, cohérente de bout en bout avec l’ethos d’un homme pour qui les mots ont toujours eu un prix. Pas le prix de la rareté ou du raffinement, mais le prix, plus lourd, de la survie. Écrire a toujours été, pour Yorou Sounon, un acte de résistance avant d’être un acte de création ; et son style porte cette priorité dans chacune de ses phrases.

C’est que ce livre accomplit une chose. Il donne à lire ce que signifie construire une existence dans le langage quand le langage oral vous a été ôté. Il montre que l’écriture n’est pas un substitut appauvri de la parole, une voix de secours pour ceux que la vraie parole a abandonnés, mais une parole d’un autre ordre avec ses propres pouvoirs, ses propres stratégies et ses propres vulnérabilités. Il montre que celui qui contrôle l’écrit exerce une forme de pouvoir que les institutions tendent à réserver à ceux qui possèdent déjà tous les autres pouvoirs. Et il montre, enfin, que la réappropriation de l’écrit par celui qu’on a voulu réduire au silence est un acte politique au sens le plus fondamental du terme. 

Cher ami, 

Sache qu’Emmanuel Yorou Sounon s’est promis de crier au moment de mourir. En attendant cette mort qu’il envisage sans terreur, avec la sérénité singulière de qui a fait la paix avec sa propre dépense, il écrit. Et l’écriture, pour Yorou Sounon, est un cri. Un cri qui ne s’entend pas. Un cri qui se lit.

Chrys Amègan

chrys amégan emmanuel yorou sonon handicap surdité


Previous Next

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cancel Laisser un commentaire

keyboard_arrow_up