menu Menu
Un tombeau pour Kinne Gaajo - Boubacar Boris Diop (2024)
By Pangolin Posted in Pangolin, Roman, Sénégal on 25 mars 2024 0 Comments
Maudit soit-il - Christian Gombo Tomokwabini (2024) Previous Qu’est-il arrivé à Yârie Yansané ? - Tierno Monénembo (2022). Next
Le tombeau de Kinne Gaajo, Boubacar Bors Diop
Editions Philippe Rey, 2024, traduction wolof

Voilà, je me suis encore mis dans les complications, je veux vous dire ce que je pense du dernier livre de Boubacar Boris Diop, Le tombeau de Kinne Gaajo, traduit par l’auteur chez Philippe Rey, traduit par l’auteur parce qu’écrit en wolof.

Il faudrait, avant que je vous dise tout le bien que je pense de ce livre, que je dise tout le bien que je pense de Boubacar Boris Diop, depuis déjà longtemps, je dis à qui me demande que Boubacar Boris Diop est le meilleur écrivain sénégalais, pour moi le boss sénégalais c’est lui, depuis longtemps, je précise que je ne l’ai jamais rencontré, je dois avoir lu cinq ou six ou sept livres de lui.

Ça m’intéresse toujours parce qu’il n’est jamais où on l’attend, c’est indépendant, il ne flotte pas sur les grands flux, il protège son indépendance, donc c’est un grand, je dois déjà avoir écrit plus de cent fois la phrase de bachelard qui dit que tout ce qui est simple à enseigner est faux, Boubacar Boris Diop est complexe à enseigner, pour rendre compte d’une histoire complexe, complexes sont les fils qui ont été tissés, le savoir c’est retrouver sa base.

Tous les écrivains que j’aime sont des soldats des langues nationales, des langues locales, parce qu’un écrivain qui ne se bat pas pour sa propre langue se bat pour rien du tout, le premier combat de l’écrivain c’est sa langue, sinon elle ou il se trompe lui ou elle-même, à noter que si tu te trompes trop toi-même sur toi-même, ce que tu écris n’a qu’un intérêt anecdotique.

Donc la base de BBD, je vais l’appeler BBD, c’est plus simple, sa base c’est le wolof, allons-y, la langue wolof, là s’oppose deux visions, ce que vous savez de la langue wolof, et ce que moi j’en connais, je ne parle pas wolof, ni ne le comprends vraiment, je connais quelques mots, quelques phrases, mais même sans diplôme, je suis linguiste, comme d’autres sont musiciens, le wolof est une langue passionnante, complexe, comme toutes les langues, je m’oppose à votre croyance que certaines langues sont simples, qu’on ne peut pas tout dire dans certaines langues, toute langue peut tout dire, mais le wolof est une langue étonnante, une langue qui a une histoire de la comédie et de la tragédie, une langue nerveuse mais lourde, ou piquante et sautillante, une langue insolente, en fait entre nous, je fais croire aux sénégalaises et sénégalais que je ne comprends pas le wolof pour mieux les écouter, si on aime trop les langues l’être humain est un cobaye, bon, entre nous encore, et heureusement que le Sénégal ne lit pas ça, je peux vous apprendre à tenir une conversation en wolof en cinq minutes, que vous pourrez prolonger en lisant le livre de Boubacar Boris Diop pour vous perfectionner, en wolof si quelqu’un vous parle et que vous ne comprenez rien vous pouvez toujours dire djama rek, ça répond à tout, en plaçant par-ci, par-là des ndeysane, des caï et des wa, avec ces quatre mots vous pouvez tenir des conversations de plusieurs heures, après il faut aussi que je vous dise de quoi vous parle votre interlocuteur, dans les grandes lignes, de foot, si vous tendez l’oreille vous entendrez dans le wolof des noms de joueurs et d’équipes de foot, tout ça pour dire ce que vous savez du wolof et ce que j’en sais, le wolof est une langue qui peut être extrêmement rigolote ou une des langues de l’amour courtois, langues d’une conversation amoureuse médiévale, point, là, si je mettais un point ? C’est-à-dire on va passer de la linguistique, somme toute assez pure, au discours amoureux, on va parler d’amour, en traiter, l’amour, la mort, ça fait une grande portion de discours.

Le discours sur l’amour, sur le couple, est le plus délicat, gardons ça pour la fin, comme j’aime beaucoup ce livre j’ai beaucoup à en dire, sans s’attarder sur la situation politique du Sénégal, la présidentielle, après d’assez gros remous, est dans deux jours, on verra, mais le cadre du livre, c’est le naufrage du bateau le Joola, le 26 septembre 2002, curieusement aussi l’auteur situe le naufrage à l’embouchure de la Casamance, alors que je le croyais au large de la Gambie, peut-être une licence fictionnelle, bref, quasiment deux mille morts, pour un bateau prévu pour cinq cents, incurie totale des secours, et épave non renflouée, il y aurait beaucoup à dire sur les squelettes qui pavent des chemins au fond de l’Atlantique, mais bon Boubabar Boris Diop reprend le flambeau du renflouage de l’épave et d’une sépulture digne des corps qu’elle contient, il souligne, ce qui est vrai, que le naufrage a eu lieu juste avant la rentrée scolaire, les étudiants et profs de Casamance rejoignant Dakar, la population de Casamance a connu ce jour-là une saignée importante, qui a touché tout le monde, la catastrophe la plus meurtrière de l’histoire de la marine marchande, plus meurtrière que le Titanic, ça repose, si on voulait encore sortir du cadre, la question de l’enclavement de la Casamance, Dakar Ziguinchor c’est quatre cent cinquante kilomètres, et vous mettrez bon an mal an dix-sept heures pour les parcourir, à 110 km/h on mettrait quatre heures, bref il faut enjamber les anglophones, qui par ailleurs parlent aussi wolof, donc Boubacar Boris Diop et moi soutenons le renflouement de l’épave du Joola.

Alors, reste le délicat, le sensible, l’amour et le couple, la femme qui mène le deuil vit une histoire d’amour avec son mari, ils s’aiment, d’une histoire à peu près sans histoire, mais le mari est très intelligent, très intelligent, la femme, en revanche, personnage principal, narratrice, amie, patronne d’une radio, haute bourgeoise, me semble un poil courte intellectuellement, pour ne pas dire un peu sotte, mais peut-être est-ce pour qu’on se sente plus proche de l’héroïne défunte Kinne Gaajo, elle aussi est amoureuse de son maquereau, lui aussi pas mal intelligent, et il y en a une troisième, d’histoire d’amour, celle de Fatou et Elhadji Gay, j’adopte la graphie de Diop, il a étudié l’alphabet et la phonologie wolof, disons, pour vous néophytes, ou pour vous égarer davantage, que Diop est une graphie et Joob une autre pour le même son, les Diop sont des Job, bon, je suis pas sûr que ça t’aide.

Donc, concluons sur l’amour, la fin des traités, que si le mari est très intelligent et la femme très sensible ça peut marcher, nan, je rigole, je me moque un peu de Monsieur Job, l’amour c’est secret, privé, ça ne concerne que celles et ceux qui le vivent, ça s’évente très vite, il faut le couvrir des quatre mains, le mieux c’est de s’asseoir dessus, ou planquer sous le matelas, ou dans le frigo, une fois j’ai demandé à une jeune sénégalaise ce que c’est l’amour, elle m’avait répondu c’est deux personnes qui s’aiment, ça m’avait cloué le bec, en effet, qui irait dire à deux personnes qui disent s’aimer qu’elles ne s’aiment pas, s’ils disent qu’ils s’aiment personne ne peut le savoir mieux qu’eux, qu’elles et eux, vouloir montrer l’amour dans les romans est toujours compliqué, l’amour n’a pas vocation à être montré, il n’est pas transmissible, ni partageable, ce n’est pas un spectacle, c’est aussi privé que le destin et ça nous cogne comme des planètes, croyez-moi, en amour encore plus que pour le reste nous n’y pouvons pas grand chose si ce n’est perdre quelques heures en bonne compagnie avec Le tombeau de Kinne Gaajo, de Boubacar Boris Diop, traduit par lui-même, pour éviter la question, chez Philippe Rey.

Bon, je peux vous annoncer plus ou moins les prochains épisodes, je suis parti dans le nord de l’Ouganda, près d’Arua, dans le camp de Bidibidi, je vais essayer ce week-end d’en écrire l’immense bien que j’en pense, j’ai encore été étonné, elle, Charline Effah, touche juste, je vais essayer de vous en parler, je l’ai fini, j’ai d’ailleurs déjà commencé Convoi de Beate Umenyi Mairesse, Rwanda 1994, juin, j’en dirai sûrement aussi quelque chose, s’il plaît à dieu, le Julienne de Scolastique Mukasonga est aussi sur ma pile de chevet, vous voyez le programme, le voyage

Pangolin
Visit Us
Follow Me
20
Whatsapp
Tumblr

Boubacar Boris Diop le joola naufrage Roman


Previous Next

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cancel Laisser un commentaire

keyboard_arrow_up