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Contours du jour qui vient - Léonora Miano (2006)
Choisir la vie, bien que son chemin soit jonché de macchabées…
By Vanessa Alabi Posted in Cameroun, Roman, Vanessa Alabi on 22 mai 2021 2 Comments
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Contours du jour qui vient, Léonora Miano
Editions Plon, 2006, 275 pages

Dans Contours du jour qui vient, Léonora Miano nous embarque dans le Mboasu, un pays du centre africain. Un état réplique du Cameroun. La guerre y a fait rage pendant assez longtemps pour laisser des stigmates profonds un peu partout. Les endroits et les personnes sont marqués par les atrocités qui s’y sont déroulées.

Musango a 9 ans. Sa mère la traite comme un animal, littéralement. Elle subit les pires tortures. Dans aucun imaginaire, on ne peut concevoir le tiers des souffrances infligées par cette mère constamment en colère contre on ne sait quoi. La fille a, collée à la peau, une réputation d’enfant sorcier, possédé par des esprits malfaisants. Cela dure depuis le décès de son père, le concubin de Ewenji.

Un jour, vidée par les coups et les tortures infligées à Musango et sur conseil d’une voisine, Ewenji met sa fille à la porte. A 9 ans, elle quitte le cocon familial du moins ce qu’il en reste. Recueillie par des bienfaiteurs, son « statut de sorcière » va lui jouer les pires tours. La fillette se retrouve dans un trou perdu du Mboasu, esclave, ignorée et oubliée des siens.

Récit cru, visage défiguré d’une ville désespérée

Léonora Miano a poussé loin les limites de l’horreur. Comment se fait-il qu’à 9 ans, Musango puisse vivre tous ces drames ? Les rencontres qu’elle fait, les sentiments et actes violents contre sa personne sont aussi cruels que les drames qu’elle côtoie au quotidien. Le tableau que nous présente Léonora Miano est sombre.

Le chaos s’est installé dans le quotidien. L’horreur en devient banale et personne ne s’en émeut plus.

Au fil des pages, Musango apprend que les humains au nom de leur ventre peuvent célébrer le vice à outrance. La pauvreté de l’après-guerre a transformé les hommes en de vrais monstres de qui le diable lui-même recevrait des leçons.

Les nommés “Colonnes du Temple”, « Vie éternelle », « Don de Dieu » et « Lumière » sont des imposteurs notoires. Au nom d’une religion dont ils ne connaissent que quelques vagues notions, ils abusent de gens en quête de salut. Leur pseudo temple de prière sert de couverture à un trafic humain honteux. Le cas d’une demoiselle m’a contrainte à une pause. Pour interroger notre nature humaine et jusqu’où la cupidité et l’avidité peuvent nous conduire.

Andalé, la presque morte

Pour une raison cousue au fil blanc, les escrocs aux sobriquets faussement religieux, ont pour pratique de coller des grossesses aux femmes esclaves qu’ils vendent. Andalé est l’une des malchanceuses à connaître le même sort que Musango. Mais, elle doit subir les assauts de jeunes gens qui ne la connaissent ni ne l’ont déjà rencontrée. Plus dramatique c’est le lavage de cerveau qui précède les viols d’Andalé. Elle est persuadée qu’elle subit ces atrocités pour son salut.

Ce serait le moyen d’expier ses nombreuses fautes pour être acceptée dans le paradis que lui ont vanté « Colonnes du Temple » et ses sbires.

Il est évident qu’il y a défaut de consentement, mais à aucun moment, elle ne le manifeste. Musango est figée par l’image de la loque humaine que cette jeune femme représente désormais.

Procès de la religion

L’auteure nous expose des croyances religieuses dans une belle ironie. Là encore, la guerre et l’indigence ont conduit les gens à se jeter à corps perdu dans la “foi”. Celle qui vous emmène à chercher hors de soi ce qu’y est enfoui. Toutes les réponses, c’est à l’intérieur qu’il faut les rechercher.

Les habitants du Mboasu, eux, préfèrent confier leurs destins, leurs maigres sous avec, à des charlatans qui s’enrichissent sur leur dos. Pour peu que vous sachiez haranguer des foules et sélectionner des versets bibliques les plus effrayants, vous fondez une congrégation qui vous conduit tranquillement à l’enrichissement.

Contours du jour qui vient dévoile le visage hideux de ces religions traditionnelles qui jettent des enfants en pâture à la société. Que vaut une société qui malmène son futur et n’a pour lui aucun égard ? Comment pourrait-elle s’en sortir alors qu’elle ignore et torture les plus faibles du milieu d’elle ? Il ne faut pas en attendre grand-chose.

Contours du jour qui vient

Ewenji a toujours confié les clés de son bonheur à d’autres. La force et la résilience dont fait preuve sa fille de 12 ans, lui sont complètement étrangères. Elle se laisse mourir sans aucune objection. Aux coups du destin, elle plie jusqu’à se rompre. Elle est néanmoins pour sa fille un exemple… de ce qu’il faut absolument fuir !

Lorsque la vie enchaîne les drames dans notre existence, la résilience et la persévérance offrent une porte de sortie vers la lumière. C’est la leçon que nous enseigne Musango.

Au final, des plus petites lueurs au fond de nous peuvent apparaître les contours d’un jour qui vient.

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  1. Après lecture de cette chronique, je n’ai ressenti qu’une envie énergétique, une vis a tergo pour aller trinquer le vif contenu de ce livre.
    Merci à la chroniqueuse !

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