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L'île dévorée - Hilaire Kobena

Présentation du roman L’île dévorée d’Hilaire  KOBENA
Par Jean-Paul  TOOH-TOOH
(Ecrivain et critique littéraire)

L’île dévorée. Roman paru en juillet 2013 aux Editions Balafons et réédité en janvier 2014, est de l’écrivain ivoirien Hilaire KOBENA.

L’action du roman se déroule dans un pays nommé Golf Sardinier, plus précisément dans la région du Valdéron. C’est justement dans cette région du Valdéron que l’auteur va concentrer l’essentiel de son intrigue. Deux groupes ethniques radicaux et opposés : les Aquila et les Doradi, se disputent la gouvernance du Valdéron. Le professeur Adiko Blin, agrégé de mathématiques fut le premier à avoir été nommé gouverneur du Valdéron par le Président du Golf Sardinier, le très-Démocrate Kouman Angemor. Adiko Blin appartenait à la communauté des Aquila.

C’est ainsi que les voisins Doradi se liguèrent contre ce dernier et sabordèrent tous les projets et actions de développement qu’il essayait d’entreprendre dans la région. Parmi ceux qui étaient mécontents de la nomination d’Adiko Blin, il y avait la figure de proue de la communauté doradi, Motam Gnoan Charles, docteur ès sciences politiques et vice-gouverneur du Valdéron. Celui-ci va orchestrer des manœuvres obscures dans le but de renverser Adiko Blin pour prendre sa place. Ainsi, Motam et Adiko n’hésitaient pas à se régler des comptes au détour de vives altercations et bagarres musclées en pleine réunion du Conseil Régional. Malheureusement, Adiko Blin a rendu l’âme des suites d’une insuffisance rénale. Motam Gnoan Charles qui occupait le poste de vice-gouverneur, passa au rang de Gouverneur du Valdéron, toujours par nomination.  Il sera combattu par Dibo, le chef des Aquila. Pendant ce temps, Bill-Wharf, une île de la région du Valdéron, un carrefour commercial important, était en train d’être avalé par la mer. Toutes les mesures visant à arracher Bill-Wharf  des griffes de la mer ce sont noyées dans l’océan des rivalités, des querelles de personnes, des conflits inter-ethniques ou d’intérêts, des appétits gloutons, le chauvinisme à outrance, bref toutes choses qui contrastent avec la cohésion sociale et l’esprit patriotique.

Voilà une œuvre qui nous plonge au cœur d’une satire-sociopolitique qui n’est rien d’autre que la métaphore à peine exagérée de la vie politique des peuples confrontés aux défis du développement. Dans une succession apocalyptique des événements, l’auteur de L’île dévorée pose la problématique de l’érosion côtière qui menace dangereusement aujourd’hui nombre de pays en voie de développement. Le récit frappe d’abord par la simplicité de son écriture. L’irruption du sarcasme (par endroits) est vite absorbée par la force d’une intrigue qui se laisse délicieusement dévorée un peu comme cette île qui n’a pas pu échapper à l’invasion marine.

Ce roman à valeur écologique et didactique est une alerte, une mise en garde contre l’imminence de la dégradation ou de la disparition de nos cadres de vie de plus en plus en proie aux changements climatiques. L’île dévorée nous rappelle l’urgence de nous interroger sur l’héritage territorial que nous nous apprêtons à léguer à la postérité sur fond de nos incuries nos insolences et nos gloutonneries politiques.

Ce premier roman d’Hilaire KOBENA, présente un intérêt narratologique. En effet, j’ai exprès omis de signaler que l’intrigue essentiellement teintée de satire sociale et politique possède, en arrière-plan, une histoire d’amour, une aventure de cœur entre le jeune Egni Dibo (devenu vice-gouverneur, fils de Dibo et gendre du ministre Motam) et Leslie Agnès Motam. C’est par là que le roman débute. Le lecteur assiste par la suite à un retour en arrière, ce qu’on nomme en  science littéraire analepse ; ici, il s’agit d’une analepse externe qui plonge le lecteur dans le passé mouvementé des personnages principaux (3 ans en arrière).  Le lecteur se rendra compte que la liaison entre Egni et Leslie était un plan bien ficelé, un programme machiavélique mis en place par Motam pour déstabiliser les Dibo et accroître son influence sur ceux-ci. Dès lors l’auteur présente l’amour comme un actant puissant et un moyen de ruse pour assouvir certains fantasmes politiques.

L’île dévorée est finalement un roman à thématique plurielle et dont le réalisme saisissant restera gravé dans la mémoire du lecteur ; c’est un roman qui se savoure avec le plaisir qu’on prendrait à savourer la prose hugolienne. Une œuvre qui restera d’actualité aussi longtemps que perdurera la race des politiques véreux, corrompus, démagogues et mégalomanes.

Vu la pertinence thématique, littéraire et même pédagogique de l’œuvre, j’ose prédire qu’elle intéressera d’ici peu les acteurs du monde éducatif qui n’hésiteront pas à l’inscrire dans les programmes scolaires. Surtout quand on sait que son auteur est un enseignant.

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