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Les impatientes - Djaïli Amal Amadou (2020)

La patience, une vertu imposée...

La patience, une vertu imposée...

LES IMPATIENTES, de Djaïli Amadou Amal,
éditions Emmanuelle Collas

Ce roman est paru initialement au Cameroun sous le titre « Munyal, les larmes de la patience » aux éditions Proximité. Il a obtenu le prix Orange du livre en Afrique en 2019.

D’emblée il est mentionné le fait qu’il s’agit d’une fiction inspirée de faits réels, et cela donne encore plus de poids aux mots qui suivent…

Dans ce livre, le lecteur écoute le témoignage successif de trois femmes, Ramla, Hindou et Safira.

Il y a d’abord Ramla, jeune fille de 17 ans éduquée dont le destin bascule quand son père et ses oncles lui imposent le mariage avec Alhadji Issa, un riche quinquagénaire. Ramla raconte les préparatifs fastueux, la solitude qu’elle ressent face à un avenir qui détruit tous ses rêves, la complicité de toute la famille, l’absence d’écoute même de sa propre mère :

     « L’amour n’existe pas avant le mariage, Ramla. Il est temps que tu redescendes sur terre. On n’est pas chez les blancs, ici. » p 43

La jeune fille doit être patiente, lui assènent tous ses interlocuteurs. Elle n’a rien à dire, elle doit subir et être irréprochable, il en va de l’honneur de toute la famille. Son témoignage s’arrête le jour du mariage, quand elle quitte ses parents pour aller dans sa belle-famille.

C’est ensuite l’histoire racontée par Hindou, la soeur de Ramla, mariée le même jour à son cousin Moubarak. C’est le récit le plus émouvant des trois, car le marié est un homme alcoolique et violent, et la jeune Hindou ne peut compter sur personne pour l’aider.

     « Moubarak ne changera pas. Je pourrais me plaindre mais on me demandera toujours de patienter encore un peu. Qui a de la patience ne le regrette pas, me rappellera-t-on. Et si un mauvais coup m’achève, ce ne sera que la volonté d’Allah. » p 132

Le destin de la jeune Hindou est terrible par la violence qu’elle subit, par sa solitude et finalement par la seule porte de sortie qu’elle trouve…

Les paroles de Safira terminent le livre. Safira, c’est la première épouse de Alhadji Issa, qui vient de prendre Ramla comme seconde épouse. Si dans le premier récit de Ramla il était surtout question de mariage forcé, et dans celui de Hindou se rajoutait la terrible notion de violences faites aux femmes et de viol conjugal, ici est abordé frontalement la polygamie. Safira ne voit pas d’un bon oeil l’arrivée surprise d’une co-épouse, jeune et belle évidemment… et cette femme de caractère va se démener pour évincer la jeune Ramla, tout en finissant par prendre conscience que la jeune femme n’y est pas pour grand chose. Les techniques de séduction du mari, et de consultation de Marabouts, sont efficaces.

     « Je suis la daala-saaré. La nouvelle venue me voue une certaine déférence. C’est une fille calme, introvertie. Dans ses yeux, je surprends souvent une pointe de tristesse que je refuse de voir. Hypocrisie. » p 187

Les thèmes abordés, mariage arrangé, violence conjugale, polygamie, ne sont pas nouveaux dans la littérature africaine, mais le grand mérite de ce texte est de montrer la complexité des situations, et du coup de faire comprendre pourquoi il n’est pas simple d’en sortir. Les femmes sont des victimes, et celles qui paraissent complices ne sont en fait que des victimes de leur absence d’éducation.

Roman très maîtrisé, superbement écrit, je ne peux m’empêcher de le relier au magnifique « Une si longue lettre » de Mariama  Bâ. Mais ce dernier date de 1979, rien n’a donc changé depuis quarante ans ?  Au delà de la patience demandée, leitmotiv du roman, a-t-on donné aux femmes la possibilité de se défaire de cette violence ? Ce livre émouvant, magnifique par ses portraits féminins, a le grand mérite de donner la parole à celles dont on n’écoute pas la voix, et certaines sont bien impatientes, heureusement.

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