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La dépression du Christ de Bacongo - Euloria Moyo
Chaines physiques. Chaines mentales. Aliénation. Violences passées, violences actuelles. La jeune poétesse congolaise interroge, rejette, sombre, se relève dans ce récit de poésie écrite en plusieurs étapes de sa vie, écartelée entre deux modèles ...
By Gangoueus Posted in Congo, Poésie on 6 mai 2019 0 Comments
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Je ne commence pas la rédaction de cet article par ma complainte habituelle sur mon rapport à la poésie. Je viens de terminer la lecture du livre de poésie d’une jeune auteure congolaise de 23 ans, talentueuse, Euloria Moyo.
Elle est précoce. Surtout quand il s’agit de poésie, genre complexe et exigeant. Et le texte est très engagé dès les premières pages. Il est décomposé en 5 livres abordant des thèmes très différents: Souvenirs. Là-haut. Femmes. Pour un homme qui se reconnaîtra. Moi. Prenons Souvenirs pour exemple. Euloria Moyo et convoque une mémoire africaine. Dans toute la violence qui caractérise celle-ci. Chaînes. Fers. Esclavage. Traite. Colonisation.
Je suis la vie et la mort
Lorsque ton pouce se lève et se tord
Je suis le corps que tu domptes sans effort
Les plaisirs assassins de tes baisers puritains
Meurtrier de mes rênes
Je suis ce que tu ne veux pas être… 
p.11, Euloria Moyo, La dépression de Christ de Bacongo
Le texte intitulé Souvenirs questionne aussi un présent qui ne saurait se passer du passé comme dans le poème «57 ans de dénomination hasardeuse». Comme l’étrange relation entre des congolais écrasés et Savorgnan de Brazza, l’explorateur italien qui a donné son patronyme à la capitale congolaise.
Capitale nègre au nom blanc
En plein milieu de l’Afrique centrale
p.15 , Euloria Moyo, La dépression de Christ de Bacongo
Charles de Chavanes
Pierre Savorgnan de Brazza
Albert Dolisie
Etrange relation d’un pays avec celles et ceux qui y ont introduit douleurs et confusions par une déstructuration complète des modèles d’organisation sociale existants, et achevés l’œuvre des tourments massifs de la traite négrière par une colonisation sans réserve et féroce du bassin du Congo.
En 1991, la ville de Loubomo était rebaptisée Dolisie pendant la conférence nationale.
En 2006, une grande statue et une mausolée ont été bâties à Brazzaville en hommage à Pierre Savorgnan de Brazza…
Bref, il est rafraichissant de réaliser que de jeunes congolais remettent en cause cet état de fait par la prose ou par le vers. La parole est au début de toute bascule…
Là-haut
Ce deuxième livre traite de la dépression du Christ de Bacongo. Ou la dépression de la poétesse. Ou le désir d’envoyer valser cette religion « structure ». Mais c’est aussi la spiritualité même de la poétesse qui est remise en cause.
Je t’ai aimé
Je t’ai adoré
Je me suis préservée
Je me suis prosternée
Mais quel est donc cet être
Qui aime tant la gloire
Quel est donc cet être
Qui nous oblige à croire 
Cette crise mystique renvoie aux croyances de l’origine et une trahison supposée ou efficace.
Petit bois d’ébène, savamment taillé
Les fétiches à faire peur aujourd’hui
Les statuettes adorées de tes ainés
Aînés que tu accuse de sorcellerie
N’as tu pas honte, quelle trahison
Regarde toi dans cette cathédrale
Tu parles latin à présent
Tu penses faire le bien, je te le dis c’est le mal
p.25, La dépression du Christ de Bacongo
La plupart des poèmes de ce livre « Là-haut » datent de novembre et décembre 2017. Dans le cadre de ma rencontre avec l’auteur, il sera intéressant de comprendre ce qu’il s’est passé dans l’univers d’Euloria Moyo à cette période. Mais, ces questions sont intéressantes. Dans le fond, Moyo joue avec les mots sur le va-et-vient constant entre les croyances locales et les croyances dites «importées». Cette tension est de mon point de vue logique quand on aborde le passé sanglant auquel les populations d’Afrique centrale ont dû faire face et survivre. Mais, il me semble que la jeune poétesse congolaise ne sombre pas dans la facilité et ne cède pas à un manichéisme simplet.
J’ai néanmoins une très grosse réserve sur l’épilogue proposée par Euloria Moyo. Même si je pense cerner son intention qui souligne le dévoiement d’un christianisme par les occidentaux. Et son ingestion sans réserve par les autochtones. Et une inversion des rôles supposés. Dominants / Dominés. Premiers / Derniers. Rien que la référence au texte biblique de Romains 1:18-31 est délicate si on en fait une exégèse correcte de ce passage. De plus, l’épilogue est sensé expliquer plusieurs textes poétiques qui parfois sont une pulsion lointaine et dans d’autres circonstances s’inscrivent dans la logique d’un discours de re-appropriation de ce christianisme.
Euloria Moyo, La dépression du Christ de Bacongo
Editions L’Harmattan, coll. Afrique poésie. 76 pages
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