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La concordance des temps - Mamadou Mahmoud N'Dongo

La chronique sophistiquée du temps qui passe.

Ecrivain franco-sénégalais
Mamadou Mahmoud Ndongo

La chronique sophistiquée [1] du temps qui passe.

Dans la concordance des temps [2] , publiée en 2018 chez L’Ecdysiaste, une collection de l’éditeur Le serpent à plumes, Mamadou Mahmoud N’Dongo a poursuivi son exploration de la forme littéraire. Isaac Onoré «sans H. comme si le H de Haïti m’était défendu». »(P.126) est un poète haïtien, il vit à Paris, 14 rue Mouffetard, a été le compagnon d’Anne-Lise, éditrice, dont il n’était pas un fils Elliot« dénué d’esprit et encore plus «humour» (P.114). Âgé d’une soixantaine ensuite, sa jeune maîtresse se nomme Hilda. Il écrit toujours et fait partie, à contrecœur, d’un comité de lecture. Son chien s’appelle Monsieur. L’homme est très cultivé et très probablement un peu infatué.Les thèmes récurrents des livres de MM N’Dongo et sont présents, universellement d’un cynisme fringant aussi, Remington [3] «le sens de mes textes n’a pas de sens que sur la forme».

MM N’Dongo n’en est pas un coup d’essai et attend ses lecteurs avec impatience. J’en fais partie et je savoure à l’avance ce que cet auteur va encore tenter pour s’approprier des codes littéraires et les manipuler. Que l’homme soit photographe, cinéaste, dramaturge force assurément son besoin de renouveler un récit. Cette fois, pas de puzzle narratif à reconstituer, pas de concurrence entre les voix, mais un seul narrateur: Isaac. Il semble chroniquer sa propre vie et qu’il est assez ordinaire. MM N’Dongo, nous sommes habitués à des personnages plus, à des personnages plus désemparés, humainement plus désorientés. Isaac un voyagé, un enseigné, un fonde une famille. Qu’il soit métis ne semble pas l’avoir fait souffrir,assume depuis plusieurs années son passé de ville négrière. Seule Hilda, dont l’enfance est particulièrement douloureuse semble taraudée par son passé. L’intérêt du livre n’est donc pas seulement là.

Isaac explore son présent dans son quotidien, ses moments les plus courants, mais c’est ce qui se passe quand on cherche à commenter chaque jour. Chaque jour, chaque vie d’un individu, un milieu et une fin. C’est inéluctable. Dérouler le cadeau d’Isaac, le personnage qui s’est déroulé dans le temps, les perspectives qui lui ont été confiées et qui se tente sous la seigneurie de cette contingence temporelle. «Présent du passé, Présent du présent ou du futur» Isaac est nourri de ses conférences, des spectacles qu’il a vus, des musiques qu’il a écoutées. Anouch Kassabian qui s’intéresse aux questions «de terrorisme, de Dieu, des identités meurtrières» (p.73) Il convoque sans cesse pour compléter, compléter ce qu’il vit, ce qu’il raconte, pour tenter de favoriser la communication. Références musicales et cinématographiques rappelées par Remington publiées en 2012 chez Gallimard. Cet ailleurs du récit a toujours densifié le contenu des œuvres de MM N’Dongo, il est toujours dramaturge. Dans Concordance des temps , l’effet me semble un peu différent. Isaac n’écrit pas pour comprendre qui il est. Il analyse le lucidement d’une quête d’une «conscience noire». L’art fait l’expérience de soi. L’art ferait aussi l’expérience de sa liberté?

Depuis Bridge Road publié en 2006 au serpent à plumes, MM N’Dongo accentuent le choix de l’écriture fragmentaire. D’autres avant lui ont essayé avec succès. Choix osé, choix difficile. Danger d’une lecture qui risque parfois de devenir ardue. Parfois, la page ne comporte qu’une seule ligne placée en haut. Elle est posée là, elle est concentrée sur le regard, elle est différente des autres lignes. Le papier blanc est une invitation à la lecture et au texte. Isaac installe ses mots, dispose, comme il me semble, pesez sa vie. «J’écris avec atermoiements, parcimonie» p.248. Couchés sur le papier, ils ont du poids. MM N’Dongo dit jouer de ses propres procédés d’expression. L’humour n’est jamais absent de ses livres. On dirait parfois que cette mise en page du papier est artificielle et qu’elle se prête au même jeu d’affectation auquel se prête Isaac : lui qui affirme que, puisque pour être poète, il faut, dit-on, être triste, alors il se force à la mélancolie. Pourtant, rien d’artificiel, lorsqu’Isaac relate les attentats qui ont endeuillé  Paris. « La tristesse durera toujours » est une phrase plusieurs fois répétée, comme une scansion et en vient à occuper toute la page 201. La phrase devient bannière.

La concordance du temps fait sauter nos certitudes grammaticales et syntaxiques si chèrement acquises sur les bancs de l’école, bouscule du même coup nos a priori et desceller les moellons qui consolident le mur de nos certitudes. MM N’Dongo élabore peu à peu ce que l’on peut considérer comme une œuvre, une œuvre savante mais non dénuée d’une mise à distance salutaire. L’auteur décloisonné, déboulonne l’art de raconter ou de montrer. La fin de ce livre, il ne faut pas raconter est éclairée d’une lanterne. Je reste très attentif aux productions de cet écrivain.

S.LM-E

[1] Dans Remington, parlant des photographies exposées par Oumou, le narrateur utilise ce qualificatif pour valoriser la démarche esthétique de la jeune sénégalaise: « Photographe reconnue, elle exposait dans les plus grandes galeries, plusieurs musées avaient fait l’acquisition de ses portraits sophistiqués aux couleurs saturées avec une forte connotation surréaliste » (p.114). De même dans Les corps intermédiaires, parlant des tableaux vivants de l’artiste Abbas, le narrateur observe la même exigence : «  Il avait besoin, ne serait-ce que pour être excité, de mise en scène sophistiquées à l’exemple de ce qui m’avait intéressé au départ, et suscité ma curiosité : ses tableaux avec modèles vivants. » (p. 198)

[2] N’Dongo Mamadou Mahmoud N’Dongo. 2018. La concordance des temps . Paris: Le serpent à plumes, coll. L’ecdysiaste, 361p. Imprimé.

[3] N’Dongo MM .2012. Remington . Paris: Gallimard, coll. Continents Noirs, 385p. Imprimé.

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Le Serpent à plumes Litterature Mamadou Mahmoud N'dongo Roman


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