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Habitant de nulle part  Originaire de partout - Souleymane Diamanka (2021)
De l'oral à l'écrit : histoire d'un peuple, parcours d'un peul de France
By Gangoueus Posted in France, Gangoueus, Poésie, Sénégal on 17 juin 2021 0 Comments
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Habitant de nulle part Originaire de partout

Souleymane Diamanka, Collection Points Poésie

J’écoutais encore cette semaine Esther Doko lors du festival en ligne de poésie Powètudes expliquant comment le lecteur doit aborder un recueil de poésie. Dans une affirmation forte, elle soulignait que le principal souci d’un lecteur de poésie, c’est son imagination. Je comprends ce que sous-entend la femme de lettres béninoise.

Elle a raison. Souleymane Diamanka nous invite dans son univers, dans son monde, dans son histoire qu’il a initialement conté dans deux albums de slam. Il sollicite notre imagination non par des mots pompeux ou par des expressions alambiquées mais sur des moments, des émotions exprimés avec sobriété. En 2007, il produit son premier album L’hIver peul  puis Être humain autrement (en 2016). Le recueil de poésie publié dans la collection Points Poésie animée par Alain Mabanckou comprend principalement des oeuvres issues de ces albums. Je vous conseille, si vous ne connaissez pas Souleymane Diamanka, de lire cet ouvrage d’abord, puis d’aller sur la plateforme de streaming à laquelle vous êtes abonné pour écouter ces poèmes lus. C’est une sacrée expérience. Les thèmes évoqués naviguent entre la transmission de valeurs et de l’histoire du peuple peul, l’ancrage, l’arrimage d’un jeune  issu  de l’immigration en terre Bordelaise ou encore son regard sur la création artistique et l’écriture.

Prenons la question de l’art ignare

Rien que par le titre de ce poème (pour moi), de ce slam (avant tout), vous trouverez déjà là une caractéristique du travail de Souleymane Diamanka : une écriture qui se veut musicale, subtile, provocatrice. J’ai lu ce poème. Il y est question de ces moments où le système éducatif te catalogue, te tague de « bon à rien », d’«idiot ». Je pense alors à un entretien du journaliste Balla Fofana dans le podcast P The Builder, qui fut envoyé dans sa tendre enfance vers des classes pour handicapés sur un malentendu. Je pense à Daniel Pennac. Avec Diamanka, ils peuvent à l’unisson prononcer les vers suivants :
«  Mes profs m’appelaient espèce d’idiot
    Si tu les croises dis-leur que je gagne ma vie à la sueur
        de mon stylo » (p.23)
Issu à la fois du hip-hop et de la tradition peule, son discours dans ce poème interroge le mépris et la condescendance entre les humanités.
«  Mais les anciens ont-ils appris le solfège pour chanter la soul » (p.23)
Le slameur prend à contre courant certains discours qualifiant le hip-hop et autres musiques afro de sous culture. Il évoque la reconstruction par l’art. Ce qui est intéressant, c’est qu’il pose ce slam sur une musique de jazz. Les historiens des genres musicaux comprendront. Vous ne trouverez pourtant aucune agressivité. Même l’ironie n’est pas. Que le slam passe de l’oral à l’écrit dans une collection de poésie d’un grand éditeur français n’est-ce pas un prolongement savoureux d’une aventure commencée dans les blocs de béton voire dans le Fouta…

Spiritualité et héritage peuls

L’agressivité n’a pas lieu d’être, parce que Souleymane Diamanka ne s’est pas construit sur le concept de la loi du Talion. En lisant le poème Réponds lui avec de l’eau Diamanka convoque et travaille sur les paroles de sa mère :
«  Si quelqu’un te parle avec des flammes
    Réponds-lui avec de l’eau
    Sache que le seul combat qui se gagne
    C’est le duel qui devient duo »  (p.53)
Avec chaque poème de Diamanka, il y a une once d’espoir qui n’est pas surjouée. Entre deux cultures, bordelaise et peule, le slameur puise dans ses racines pour construire son être, son équilibre. Ce n’est pas un attachement déséquilibré. Ecoutez-le chanter, clamer des vers sur les gitans du désert, ces peuls souvent nomades, de l’est de l’Ethiopie jusqu’au Sénégal, ce peuple si fier, si singulier. C’est de la poésie peule en langue française. Les textes L’hiver peul, Je te salue Vieux Sahara, Entre ancêtres et descendants et Le voeu exaucé de Dieneba  s’inscrivent dans cette veine : un groupe, son territoire, une langue, des valeurs…
«  Peuple d’amour dont le pays est un poème
    Et le drapeau une mosaïque de milliers de proverbes
    Le peuple peul et ses dictons c’est comme la savane et ses hautes herbes
    Comme l’océan glacé et ses gouttes d’eau
    Comme le Sahara brûlant et ses grains de sable
    Haal pulaar » (p.15)

De l’écriture et de l’observation

Comme tout poète, Souleymane Diamanka est un observateur sensible. Il parle de sa position de poète, de l’écriture, du pouvoir des mots.
«  La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre » (p.21)
Une vie consacrée à l’écriture. Naturellement, il peut donc écrire, avec l’esthétique qui est la sienne :
«  Dans ma vie j’ai écrit plus de textes
    Que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad » (p.21)
Tantôt il évoque avec sensualité, la soirée d’une jeune femme qui danse, se lâche en boîte. Tantôt, sa poésie lui permet de dire le destin de ces jeunes bergers, gardiens de bétail de béton.
Je me suis plongé dans de nombreux textes de poésie cette dernière année. Avec des fortunes très différentes. J’avoue que Diamanka propose un texte qu’on a envie de lire et de relire. J’ai rarement ressenti ce besoin. Il ne fait jamais des rimes pour que ça sonne bien. Même si au final la musique est bonne. Et je crois comprendre pourquoi chacune de ses productions artistiques prennent du temps à être confectionnées. Il faut du temps pour polir, affiner un propos qui a du sens. Il faut du temps pour qu’une parole reçue infuse suffisamment pour être restituée avec autant de puissance. Les mots ont alors une magnifique résonance, ils font sens, je dois reconnaître que c’est un plaisir magnifique.
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