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Chérie Basso - Zamenga (1982)
Le procès de la culture et de la littérature zaïroise
By Patrick Isamene Posted in Patrick Isamene, RDC, Roman on 12 avril 2022 2 Comments
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Chérie BASSO, Zamenga Batukezana. (Editions Saint-Paul 1982)

“ Ayant le privilège d’avoir vécu chacun de ces trois moments, et assumant les dualités qui en découlent, je me fais un devoir d’écrire des romans et essais sociologiques qui font justement apparaître ces conflits de civilisations que vivent les Africains. Si mes écrits ont une certaine audience, c’est parce que la plupart des Africains et surtout les compatriotes s’y retrouvent. ” (p.168)

La première impression qui passe par la tête du lecteur est celle de lire un auteur qui semble ignorer certaines règles de narration pour captiver l’esprit du lecteur. Ensuite, on se ressaisit, on comprend qu’une histoire n’a pas besoin d’être embellie pour gagner l’admiration du lecteur et que la fidélité à l’inspiration seule suffit. Chérie Basso est l’une des œuvres moins connues de Zamenga, mais qui a tout de la plume de l’écrivain du peuple.

Ce sont des correspondances adressées à sa femme Basso lors de son long périple à l’étranger à l’occasion de l’année mondiale des handicapés et de la promotion de son centre de réadaptation KIKESA. Tout part de là, de ses observations, de la comparaison entre les sociétés américaines, européennes et zaïroises. Il s’agit du procès de la culture et la littérature zaïroises. Ce long voyage est aussi une découverte de soi en tant qu’homme, quand il dit dans ce passage :

« Oh ! chérie, c’est beau, c’est vraiment beau quand l’homme dépasse les frontières artificielles et contraignantes de sa tribu, de sa nationalité, de sa race pour se situer au niveau de l’homme, au niveau de monde» (p.32)

Procès de la culture

La comparaison entre les sociétés du Nord et celles du Sud laisse toujours des victimes. Toutes tentatives de comparer les sociétés du nord à celles du Sud dérivent souvent. La perdition c’est essayer de placer les unes au-dessus des autres ou de les faire équivaloir. Zamenga est averti ; son regard refuse toute forme de hiérarchisation. Si les pays du Nord sont en avance sur les pays sous-développés du point de vue infrastructurel; du point de vue humanitaire, les occidentaux ont beaucoup à apprendre de l’Afrique, affirme-t-il. C’est un jugement correct. Il est grand temps que l’Afrique joue sa carte dans ce « rendez-vous du donner et de recevoir ». Aussi, pense-t-il que l’Afrique doit montrer à l’humanité sa vision du monde, pour un équilibre parfait.
Aujourd’hui, il est évident que l’Afrique perd de plus en plus le flambeau de sa culture, laissant la porte ouverte à plusieurs dominations de l’extérieur. Notamment, les langues européennes sont les plus enseignées en Afrique, et, en conséquence, les plus appréciées par la jeunesse. L’auteur zaïrois est clair à ce sujet et tente de démystifier les mérites que l’on a toujours accordés à ces langues, de meilleures et de plus structurées. Il témoigne, par ailleurs, que des langues africaines — à l’instar du Swahili et du Lingala — sont parmi les langues les plus structurées au monde sans être surveillées par une académie. Je me demande si cet argumentaire reste encore valide à ce jour, puisque les langues africaines sont de moins en moins authentiques et structurées, faute d’un non encadrement.

Procès de la littérature zaïroise (africaine)

Zamenga est, sans doute, le plus lu des écrivains congolais. Il en est conscient quand il affirme : « Il aurait appris que je serais l’écrivain le plus connu et le plus connu dans notre pays» (p. 125); cependant, il n’est pas le plus connu des écrivains zaïrois à l’étranger : « j’ai répondu en substance que je ne regrette pas le fait de n’être pas connu à l’étranger ». On est tous un peu déçu par cette réalité. Au final, l’auteur de « Les hauts et les bas » donne lui-même la raison — que je trouve salutaire à la littérature africaine — de ce phénomène : « je n’écris pas pour la France », déclare-t-il. Tout est clair : les œuvres de Zamenga sont attachées à ses ambitions littéraires de s’adresser à son peuple, voilà pourquoi elles ont été bien reçues par toutes les couches de sa société ! C’est cette noble ambition qui manque le plus aux écrivains africains en quête de la renommée et de l’admiration de l’Occident. À mon avis, du moins. Seule une infime minorité défie cette tempête.

La littérature africaine souffre de plusieurs maux. La plus dangereuse est celle de refléter d’autres réalités que le vécu quotidien des Africains. Zamenga nous rappelle encore le bien fondé d’écrire en sa langue lorsqu’on s’adresse aux siens. Il déclare :

«…cette littérature, exprimée dans une langue étrangère, n’intéresse qu’une classe minoritaire instruite dans cette langue. De tout temps, la littérature a toujours été l’expression de l’âme d’un peuple, un miroir à travers lequel un peuple se retrouve…» (p.126).

Ce qui m’a le plus ému, c’est cette déclaration légendaire de l’auteur de Bandoki :

« Je crée donc une voie nouvelle dont le début est certes pénible, mais je suis persuadé que la raison finira par triompher » (p. 126).

Cette espérance n’est pas vaine. Bienvenu Sene Mongaba (d’heureuse mémoire) et Richard Ali sont, sans aucun doute, la matérialisation des rêves de Zamenga.

Depuis que j’ai quitté le secondaire, je ne trouvais plus utile de lire les œuvres de Zamenga. Je les trouvais trop simplifiées : Zamenga écrit comme il parle. Maintenant, je comprends que c’est par sacrifice, par amour d’être compris de tous que l’écrivain a trempé sa plume dans la plus claire de ses encres. C’est son mérite. Et cela lui a valu le cœur des siens. Ça rappelle Mawata ou le désir manqué (récit épistolaire de l’auteur Congolais Pika Pia) que j’ai découvert il y a quatre mois, tant le style est identique et vivant. Lire un vrai écrivain, c’est faire un long voyage, on n’en ressort jamais le même.

 

Patrick F. Isamene

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Litterature rdc Roman zaïre zamenga


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  1. J’ai vraiment aimé ce livre, et merci parce que maintenant je sait comment faire mon résumé pour présenter demain matin :))

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