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Les fables du moineau - Sami Tchak (2020)

L’éléphant est né d’une fourmi.

L’éléphant est né d’une fourmi.

Les fables du moineau
Sami Tchak
Gallimard, Continents noirs, 2020.

 

Après Ainsi parlait mon père, Sami Tchak nous propose Les fables du moineau. Ces deux livres invitent à musarder…invitent à les lire « à sauts et à gambades ». Fragments souvent discontinus pour une lecture vagabonde.  La fable n’est pas un genre littéraire léger mais, après Ésope, Phèdre ou La Fontaine, Aboubakar, que le lecteur connait bien, a décidé de nous entrainer malicieusement à ses côtés pour écouter ce que raconte un moineau dont la voix est un simple pépiement.

Aboubakar ? Sami Tchak nous l’a déjà présenté dans Filles de Mexico ou dans Ainsi parlait mon père. L’interlocuteur du moineau nous est familier, y compris physiquement. Il nous a déjà parlé des scarifications sur son visage. Il nous a dit son village, sa mère, son père, le forgeron boiteux.

Familier aussi son ancrage culturel qui nourrit son écriture. Il nous en a parlé dans La couleur de l’écrivain. Ici, nous croisons des Kabiyè, des Dikèni, des Nintchè qui enrichissent sa mémoire et fécondent son présent. Sa grande amie Ananda Devi le reformule magistralement, magnifiquement dans sa postface « du moineau et de nos vies ». Sami Tchak nous a dit son attachement à l’art dans Al Capone Le Malien et que son amie ait choisit Naples, ville de culture et son emblème Pulcinella,  pour situer leur désir commun d’écrire n’est pas anodin: « l’écrivain est de partout et de nulle part, […] mais surtout du lieu qui a donné naissance à son écriture, et ce lieu-là, invisible, enfoui, ne le quittera pas, peu importe où il va et où il écrit » (137)

Familiers encore les échos à ses préoccupations d’anthropologue lorsqu’il raconte son plaisir d’enfant à torturer vivant un oiseau et à s’interroger sur « mes démons » qui pourraient se réveiller (33), lorsqu’il fait resurgir son rire déclenché par la mort atroce du caméléon (93). Fouiller la part sombre de chaque être humain, comme fouiller l’ambiguïté de nos sentiments et de nos émotions en rapportant la réaction de la poule vengeresse et compatissante envers l’épervier tueur de son petit (70). Tâcher de comprendre la violence qui gangrène notre époque en rapportant l’histoire de la colère inutile du chien (68).

Les fables du moineau semblent un livre complice. Et il l’est délicieusement parce que Sami Tchak choisit de placer face à face des êtres de tailles si différentes qu’ils ont bien peu de chance de se mesurer. On sourit déjà. Le baobab prête une oreille attentive au moineau. Aboubakar aussi est à l’écoute. Le moineau et ce dernier entament un dialogue dont le sujet sera « la vie et la mort » (112). Le moineau précise : « la tragédie du vivant » (49-70). Il sera question de choses graves dites par un tout petit animal.

Qui lit Sami Tchak sait son écriture sans concession, frontale, souvent crue. Dire le réel dans sa plus froide noirceur parce que l’écrivain doit tout écrire s’il veut parvenir à dire.  Ici Sami Tchak fait entendre le pépiement de l’oiseau, voir les bonds des chiens et de l’antilope. On se dit qu’Ernesto, le jeune adolescent du Paradis des chiots aurait aimé rencontrer Déré, le cheval blanc, Ougom, le chien noir, ou Sim Fèyi le chien blanc. Sami Tchak cisèle son écriture. Tchitchika, le moineau finira mangé par une araignée mais il aura d’abord fait dire au baobab :

« Moineau, il est vrai que je vivrai infiniment plus longtemps que toi, que physiquement, tu es insignifiant par rapport à moi, mais, c’est aussi toi qui m’as rappelé que je ne fus qu’une petite graine et que cette graine n’était pas plus grosse que l’œuf d’où tu es sorti. » (11)

Les fables de ce moineau, les récits qui occupent la mémoire d’Aboubakar sont des apologues très rarement injonctifs. Si Aboubakar rapporte deux légendes qui éloigne ses expériences vers un passé perdu, il a bien plus souvent un statut de conteur qui n’hésite pas à construire ses phrases comme il les construirait s’il les formulait à voix haute devant un auditoire réceptif. Ce livre est un cadeau offert par un écrivain de très grand talent. Sa mémoire occupe la nôtre. Sa voix est audible ; sa parole transmissible. Avant de devenir « l’Absence définitive » (104) on n’oubliera pas que : « Le moineau a dit : « La chaîne alimentaire, cette cruelle et mystérieuse fraternité universelle !  » »

S LM-E

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