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Pierre Crozat - Le Mercenaire (2021)
De l'espoir à la désillusion totale
By Peguy Ngassam Posted in Egypte, Peguy Ngassam, Roman on 18 mai 2021 0 Comments
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Le Mercenaire de Pierre Crozat
Editions Le Lys Bleu, 2021, 257 pages

Paul Maubert – Flouz, couscous et foutage de gueule !  

Je livre ma chronique littéraire sur ce roman en huit chapitres, publié aux éditions Le Lys Bleu. J’ai pris un plaisir gratifiant à me balader dans ce roman, le tout premier que nous présente Pierre Crozat.

Le Mercenaire est une œuvre à l’intrigue imprévisible qui s’ancre dans le 21ème siècle arabe que nous connaissons plus ou moins tous. Avec en toile de fond les mouvements de révolution qui ont soufflé et souffleront encore sur tous les pays de l’Afrique du Nord. L’auteur décrit soigneusement l’ambiance politico-sociale de pays comme la Tunisie post Ben Ali, le Maroc de Mohammed VI, la Libye post Kadhafi et l’Egypte de Morsi. C’est dans ce décor culturellement riche qu’il engage nos sens et nos émotions dans la vie de son personnage principal, Paul Maubert.

Il nous plonge dans un décor où se mêlent événements contemporains majeurs dans les pays d’Afrique du Nord, héritage culturel antique de cette belle Egypte et de son Nil fier et imperturbable, enseignement français à l’étranger, tourbillons amoureux et métamorphose irréversible.

Dès les premières lignes, nous sommes plongés sans ménagement dans l’aventure excitante d’un jeune homme – Paul Maubert sur la terre de Pharaon, à la quête de ce qu’il appelle ses trois objectifs principaux : trouver la paix, avoir enfin un emploi pérenne et rencontrer l’amour. L’auteur traverse et entrecroise ces objectifs afin de nous livrer une fin un peu déconcertante.

La très rocailleuse route vers la paix

Paul lut les signes annonciateurs et peu rassurants de cette nouvelle aventure, mais s’entêta quand même à s’engager dans cette voie. On ne peut pas aussi lui en vouloir. Pierre nous a placés devant un dilemme auquel on est souvent confronté. Face à l’innocence naïve de ce besoin de continuer à vivre hors de la métropole française, l’on achète sans trop réfléchir cette promesse d’adrénaline que nous présente Paul.

« Tout ceci n’était point rassurant pour Paul qui revoyait défiler l’Azerbaïdjan, l’Équateur et consorts. » p. 21.

Même si bien avant de commencer cette aventure, ses nerfs avaient été bien mis à rude épreuve « Complètement abasourdi, Paul sentit une colère violente monter subitement en lui » p.3. Paul se consolait en songeant à cette nouvelle opportunité : vivre sa passion l’enseignement et découvrir l’Égypte. Il savait à cause de ses expériences passées qu’il était capable du pire. Il fallait maitriser ses démons. Et entrer dans la peau d’une profession qu’il n’a jamais apprise auparavant.

Travailler, prendre de la peine…la difficile équation

Si pour Victor Hugo, le travail éloigne de tout Homme, l’ennui, le vice et le besoin, le travail de Paul était l’antithèse de cette citation. Il devait gérer les plaintes des parents parce qu’il n’enseignait pas les mathématiques aux élèves, des angoisses souvent fréquentes de la part de la direction qui trouvait qu’il n’enseigne que de la géographie et son étonnement face au manque de culture générale des élèves.

« Vous n’avez pas en parler de toute façon à des enfants du primaire. Laissez ça aux enseignants du collège et du lycée. » p. 130.

Paul était déjà habitué à tomber sur des proviseurs de lycée très peu scrupuleux. Il avait élu domicile dans un appartement partagé à Maadi, un quartier chic situé à un métro de l’école Gustave Flaubert.  Il y vivait avec Mathieu et Kevin expatriés Français ; un Libyen, une Tunisienne et un Béninois.  Ses colocataires qu’il supportait plutôt bien, lui firent un récit détaillé de ce qu’il ignorait de cette école et des habitudes à avoir dans ce pays très musulman.

« C’est comme un feuilleton cette école, ajouta Matthieu. On pourrait se croire dans Amour, gloire et beauté ! en version arabe, ça pourrait s’appeler Flouz, couscous et foutage de gueule ! » p. 21.

Tout cela n’était pas pour déplaire à Paul, qui s’accommodait facilement de ce rythme de vie très religieux ; lui-même se revendiquant catholique pratiquant.

Les moments de discussion aves ses colocataires lui permirent de mieux connaitre cette école où il travaille. Et cette connaissance éclairée de ses supérieurs, eu effet de stimuler son imagination. Il va en découler quelques surnoms drôles et très attachants tels que Bou-Bou, Gigi-la-taupe, Ludo-les- Nichons, et Ratounette.

Maintenant porté par un vif désir de reconversion professionnelle, le brave Paul avait connu des temps maussades dans ses anciennes expériences professionnelles. Mais il avait accepté cette vie d’errance et de constant retour au point zéro. Il savait dès le départ que cette aventure sera une MFGT (Mission Foutage de Gueule Total !).

« Il faut dire que depuis cinq ans et sa dépression qui lui avait fait abandonner son métier de libraire, Paul s’était lancé dans le métier de professeur d’histoire-géographie, correspondant à ses études (…) » p. 3.

On s’étonne alors fort bien qu’il accepte malgré lui un poste de professeur remplaçant dans un lycée français au Caire ; pourtant ce n’était pas ce à quoi aspirait Paul. Les aspirations de Paul seront ainsi ballotées et écourtées au gré de la plume et de l’imagination de Pierre.

Contre les personnes sans scrupules qui se servent de l’éducation française à l’étranger pour s’enrichir. L’on se croirait engagé auprès de l’acteur principal pour une cause noble qui nous conduirait de bout en bout dans l’œuvre. L’auteur réoriente subtilement notre attention vers la vie et les expériences de son personnage principal.

Amour unilatéral

Paul pouvait tout de même compter sur la charmante Biélorusse Anastasia pour s’oublier et trouver l’amour. Encore faut-il que cet amour soit réciproque. Il ne s’y connait pas en amour après tout. Bien que réceptive à ses invitations, Anastasia va quand même jouer avec les sentiments de Paul.

Ce noviciat en amour, constituera d’ailleurs la trame des trois derniers chapitres du roman. Ensorcelé par la jolie slave Anastasia, Paul ne cessera pas de l’aimer.

« C’est seulement en pensant à sa belle collègue qu’il se souvint de ce qui avait précédé la soirée au pacha et du nouveau lapin qu’elle lui avait posé au club grec. » p. 200.

Ce déboire amoureux va soulever des sentiments enfouis que Paul va vite faire de refouler.

« Cette barbe caressée était-elle le fruit paradoxal de l’humiliation imposée par Anastasia à son amour propre et à sa virilité » idem.

« Je sais ce que je veux vivre et ce que je ne veux pas vivre. C’est tout simple. L’autre porte doit rester fermée voilà ! » p. 226.

Le concours de circonstances n’y aidant pas, il cherchera bien que mal à vivre son idylle unilatérale avec la charmante demoiselle.

La source de sa folie ne viendra pas de loin. C’est de la belle slave à l’accent envoutant que viendra la chute et la transformation irréversible de Paul, personnage attachant ayant du mal à gérer sa colère et ses sentiments.

« Mais enfin, vous le savez bien, ne faites pas semblant. Votre collègue Mlle Anastasia s’est plainte à votre sujet de harcèlement sexuel ! » p. 255.

On ne l’a pas vu venir celle-là. Paul était certes teigneux, mais il était loin de le faire pour la harceler. J’éprouve une certaine déception à ce niveau. Ce héros qui a tant souffert et est venu en Égypte plein d’optimisme pour « s’oublier » n’a finalement reçu aucun cadeau là-bas. Il changea. Il n’était plus question de détruire un ordinateur. Pierre fit surgir en Paul un sentiment inconnu : la folie.

« C’est alors que Paul, sortant de sa léthargie, partagé entre la double fureur envers Anastasia et envers le lycée, se leva d’un bond, prit la lettre et en fit une boule de papier sous les yeux effrayés de Bou-Bou. » idem.

Vous n’aurez pas la suite ici… Elle est à découvrir dans le roman.

Pierre Crozat dans ce roman, n’a rien laissé au hasard. Il a pensé toutes les scènes avec minutie. Les descriptions faites à chaque nouvelle scène témoignent de cette recherche de minutie. C’est un roman travaillé dans le détail. Toutefois, ce roman me laisse une sensation d’« inachevée ». Hormis son excellente structuration et la cohérence des idées, je pense que Paul méritait un meilleur traitement.

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