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Se plonger dans les imaginaires d'afrodescendants et des continents noirs

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Errance - Ibrahima Hane

Plongée au coeur des cercles des pouvoirs politiques et religieux du Sénégal avec l'écrivain Ibrahima Hane

Parlons à présent de ce roman, Errance, du Sénégalais Ibrahima Hane. Je m’autoriserai une nouvelle digression. Pendant toute la durée de mon MBA en Marketing digital, j’ai été amené à réfléchir sur le fonctionnement de l’édition africaine. Je me suis rendu compte que je connaissais très peu les textes produits sur le continent. Excepté quelques romans publiés aux NEAS et des oeuvres m’étant parvenues de Côte d’Ivoire, jusqu’à présent mon blog a souvent été une vitrine des publications parisiennes. Les années 2015 et 2016 m’ont permises de découvrir des textes étonnants et d’une qualité indiscutable. Errance s’inscrit dans ces découvertes multiples, riches qui selon moi nous parlent d’une Afrique autrement différente de celle décrit par celles et ceux qui sont partis.

Formation à l’errance : Seyni Sène dans l’univers carcéral sénégalais

L’errance de Seyni Sène commence par un acte de folie, incompréhensible ou plutôt trop compréhensible : il détruit des véhicules de hauts fonctionnaires sénégalais, pour ne pas dire de ministres. L’acte est inexpliquée quand le lecteur aborde ce roman. Mais l’abord de la personnalité du jeune Seyni Sène donnera au fil de la lecture une compréhension de son acte désespérée. Naturellement, la sanction pour ce jeune juriste est disproportionnée. Le jeune homme est jeté dans un univers carcéral ultra-violent au coeur du pays. Ibrahima Hane a une force de narration extrêmement visuelle. Et on vit cette incarcération dans toute sa dangerosité et la question de la justice taraude l’esprit du lecteur. Je pense à la série télévisée Oz. Seyni Sène fait ce qu’il peut pour survivre dans ce cadre terrifiant où les détenus, si pour certains sont complément allumés, ils ne constituent pas forcément la source de danger la plus redoutable pour le jeune homme. Pédophilie, pédérastie, viols… Seyni Sène réussit à s’enfuir…

Errance 1 : Immersion dans les arcanes du pouvoir sénégalais

En avançant dans ma chronique, en réfléchissant sur ma lecture, je me demande si Stendhal et son fabuleux personnage Julien Sorel (Le Rouge et le Noir) n’ont pas un peu influencé Ibrahima Hane. Certaines ruptures de contexte me font penser à ce grand classique de la littérature française. Seyni Sène se retrouve par un concours de circonstances tarabiscotées en relation avec le fils d’une personnalité du pays. Le jeune fugitif se retrouve propulsé au coeur d’une des familles les plus puissantes du Sénégal. Et c’est là que le lecteur pourra mesurer comment sa personnalité extrêmement intuitive et douloureusement expérimentée va se forger une place à l’ombre des puissants.

De manière assez surprenante, Ibrahima Hane décrit les arcanes du pouvoir sénégalais par le prisme de Adja Tabara Fall, une femme charismatique, déterminée, impitoyable. Pourquoi choisit-il cet angle? C’est une question que j’aurais aimé lui poser d’autant plus que l’on voit poindre une lecture des évènements qui pourraient s’apparenter à de la misogynie. Le viol y est décrit comme un acte banal de pouvoir, de domination exercé par Seyni. Dans cette phase du roman, Seyni Sène apparait dans l’allure la plus parfaite de l’anti-héros : cynique, méprisant, toute forme de sentiment anesthésié. Seule sa patronne le surpasse en fourberie et machiavélisme. J’ai aimé cet univers décrit de l’intérieur par Seyni. On sent surtout une maîtrise du romancier qui au-delà  de contrôler la trame de son sujet, parle avec une certaine connaissance des réalités sénégalaises. Certaines sont saisissantes. Mais je vous laisse le soin de les découvrir par cette lecture passionnante.

Errance 2 : Dans les confidences d’une puissante confrérie religieuse

Que dire donc, quand on réalise le tour de la maison Sénégal n’est pas terminé ? Accusé d’un crime qu’il n’a pas commis Seyni Sène se retrouve au coeur d’une de ces villes saintes qui pourrait être Touba mais que dans le roman il désigne par le nom de … Seyni y trouve protection et rencontre le grand cheikh de cette confrérie des Baye. Sa distance naturelle et en même temps ses compétences en droit vont de nouveau être utilisées. Elles nous permettent de comprendre ce système de l’intérieur. Les intrigues de palais au coeur de la grande confrérie des Baye tournent autour d’une réforme assez inattendue. Neutraliser le commerce des produits illicites au sein de la ville sainte. Il n’y a rien de nouveau pour le protestant que je suis. Les écuries d’Augias que veut nettoyer le leader de la confrérie font forcément penser à l’épisode biblique où Jésus chasse les marchands du temple. La corruption du message spirituel par des intérêts séculiers et mercantiles a toujours été une difficulté des grandes communautés. Ibrahima Hane tente de mettre en scène une critique des confréries musulmanes au Sénégal. La description proposée par le romancier sénégalais est servi par un art de la narration qui rappelle que tout le monde ne peut pas être romancier. Ce roman brillant est à inscrire dans la foulée de plusieurs textes déjà ici lus et critiqués d’Ousmane Diarra, de Mohamed Mbougar Sarr, Elgas ou Semou M. Diop.

Le final est à découvrir et il ravira ou énervera le lecteur. Pour ma part, j’ai beaucoup appris avec Seyni Sène. Je vous souhaite une bonne lecture.

Ibrahima Hane – Errance

Editions United Press of America, Première parution 2016, 369 pages. Ce livre a fait partie de la première liste du Prix du livre engagé de la CENE littéraire 2017

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